De 1481 à 1770

Les Le Roy

Devenu propriétaire de Sonnay, sa terre et son fief, Guillaume Gouffier les apporte en dot à sa fille Madeleine qui épouse le 16 mai 1481 René Le Roy, Seigneur de Chavigny et de Baussonière, conseiller et chambellan du roi Louis XI.

Le fief reste alors dans la famille le Roy pendant près d’un siècle, jusqu’au 3 mai 1591, date à laquelle Sonnay est vendu par François Le Roy et Renée de Bretagne son épouse, à Antoine de La Barre, seigneur d’Anglée.

C’est donc à la famille Le Roy, riche et puissante, que l’on doit les aménagements faits au XVIème siècle, période au cours de laquelle « l’Hôtel tout XVème » de Xaincoins se dote d’apports spécifiquement Renaissance dont quelques éléments retrouvés dans l’épaisseur des murs à la fin du XXème ont permis la restitution de détails auxquels il importait de redonner vie.

L’acte de vente à Antoine de La Barre dressé chez Louis Bouyn notaire à Chinon en mai 1591 précise : « Françoys Le Roy, chevallier des ordres du Roy, conseiller en son conseil d’Estat et privez, cappitaine des antiennes bandes de sa maison, seigneur de Chavigny, conte de Clainchamps et gouverneur des ville et chasteaux dudict Chinon, et y demourant, et haulte et puissante dame Renée de Bretaigne, son espouse, de luy suffisaulment authorizée pour l’effet de ces présntes. »

Ce n’est toujours pas un tourangeau qui est acquéreur mais encore et toujours un « picto-angevin » en la personne de « Antoine de La Barre, seigneur d’Angliers, demeurant à la Brosse, paroisse de Roiffé [Vienne], et demoiselle Hélène de Razilly, son épouse ».
Angliers se situe dans la Vienne, à 9 kms au Sud de Loudun, à deux pas du Rougnon, de la Chaussée et de la forêt de Scévolles où avait été érigée dès le Xéme siècle la première « motte de Saunay »…


Les La Barre (de)
(également orthographiés Delabarre)

Les La Barre (ou La Barre de La Brosse) constituent ainsi une famille de la mouvance angevine, demeurant au Sud de Fontevraud, mais possédant les fiefs loudunais ci-dessus.

On trouve des renseignements sur cette famille dans le Registre de Malte, prieuré d’Aquitaine (Bibliothèque de l’Arsenal à Paris) et dans des notes de M. de la Mothe-Baracé d’après les archives de son château du Coudray-Montpensier.

Les armes des La Barre de la Brosse sont « d’argent à 3 lions de gueules, armés, lampassés, couronnés d’or » (selon le Registre de Malte rectifié par d’Hozier).

Acheté en 1591 par Antoine Delabarre, son fils, René de La Barre, chevalier, en hérite de son père en 1620.
Et en 1620 également, le 16 juin, « René Delabarre, escuyer, sieur de Sonnay, demeurant en sa maison seigneurial dudit lieu de Sonnay parroisse de Cravant », achète la « mothe de Sonnay » (ou plus exactement « Le lieu et haulbergemant de la Mothe sittué près ledit lieu de Sonnay ») à « honneste personne Noël Petibeau marchant demeurant à Lisle Bouchard parroisse Sainct Gilles, lequel tant pour luy que pour Marye Dupuy sa femme ».

De cet acte, 2 choses importantes sont à retenir :
– le « lot de « la mothe, situé près ledit lieu de Sonnay » n’appartenait plus au même propriétaire que l’hôtel particulier de Xaincoins… Depuis quand ? Et comment avait-elle pu échoir entre les mains de cet « honneste Petibeau » …
– les Delabarre sont dits dans l’acte « demeurer en (leur) maison seigneuriale » de Sonnay. Il est donc permis de leur imputer les importantes restaurations qui furent apportées à la fin du XVIIème siècle, lorsque toutes les fenêtres du rez-de-chaussée furent transformées en portes-fenêtres en plein cintre avec perron courrant sur toute la façade Sud…

C’est également sans doute à eux que l’on doit l’implantation d’une basse-cour ouverte entre le contrebas du château au Sud et la route : deux grands corps de bâtiment pouvant faire 2 corps de métairies séparés car ayant chacun leur cour et entrée séparées sans communication avec la principale cour du château.
Et s’il était encore nécessaire de prouver le lien qui unit les Maillé à Sonnay, constatons que ce René de La Barre épouse Françoise de Maillé, fille d’Elie de Maillé seigneur de la Guéritaude descendant de Gui de Maillé, 3° fils de Hardouin VIII baron de Maillé évoqué précédemment, auteur de la branche des seigneurs de La Guéritaude, paroisse de Veigné.
Le domaine formait un fief relevant de Montbazon, la plus célèbre des forteresses construites par le Grand-Bâtisseur Foulques Nerra, dont il se situe à 2 kms.

Guy de Maillé, vivant en 1353, 3° fils de Hardouin VIII baron de Maillé évoqué ci-dessus, en fut le premier seigneur connu.

Françoise de Maillé apportera la Guéritaulde en héritage à son époux René de La Barre, ainsi que…                                      12 enfants parmi lesquels :
– 1 chevalier de Malte (Leonor, dit « haut et puissant seigneur messire Léonore de La Barre, baptisé à Cravant le 24 avril 1638, fait parrain à Cravant le 25 mars 1657, devenu Chevalier de Malte en 1657 et chevalier de Saint-Jean de Jérusalem en 1666,
– 1 chanoine – de Saint-Mesme de Chinon – (Claude),
– 1 suite (Gabriel),
– & trois religieuses (Madeleine, Françoise et Marie).
(Tome 1 du Dictionnaire Historique et Généalogique des familles du Poitou par Joseph Beauchet-Filleau).

Et pourtant, en dépit de ces engagements peu prometteurs pour la postérité, la présence des La Barre à Sonnay durera de 1591 à 1770, soit pendant près de 2 siècles, avec :

Hercules de La Barre, filleul de Hercules de Maillé, qui hérite de son père René de La Barre,

– puis François de La Barre, chevalier, seigneur de la Gueritaulde et de Saunay, qui hérite en 1658 de son père Hercules de La Barre.
Épousant Renée-Louise Aubéry, il eut plusieurs enfants au nombre desquels 1 chevalier de Malte (René-Gabriel en 1680), commandeur de Guélian, également chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem,

– puis Louis Éléonor Alphonse de La Barre, né vers 1672, chevalier, seigneur de la Gueritaulde, Saulnay et autres lieux, qui hérite en 1676 de son père François de La Barre.
Il sera lui aussi chevalier de Malte en 1684, à l’âge de 12 ans.

– puis Louis René de La Barre, seigneur de la Gueritaude et de Saunay, qui hérite en 1738 de son père Louis Éléonor Alphonse de La Barre.

La filiation s’arrête alors, par maque d’hommes, et ce sont 2 sœurs : Louise Jacquette Françoise de La Barre et Marie Anne Louise de La Barre –Maillé, qui héritent le 27 juillet 1770 de leur frère Louis René de La Barre –Maillé.

Ainsi cette famille de La Barre reste dans le sillage des familles de traditions poitevine et angevine, dévouées à la cause de Malte et de Saint Jean de Jérusalem, au point de donner en 6 générations : 2 chevaliers de Malte & de St Jean de Jérusalem, 1 chevalier de Malte, 1 chanoine, 1 jésuite et 3 religieuses, auxquels il convient d’ajouter un ascendant Calixte de La Barre, chevalier de Malte, commandeur de Chalons sur Saône en 1530.

Nous l’avons abondamment vu, la famille de La Barre est propriétaire de la seigneurie de la Guéritaulde à Veigné et de celle de Sonnay à Cravant, mais si les 12 enfants de René de La Barre furent tous baptisés à Cravant, un seul d’entre eux, Hercules, fut inhumé à Cravant, et tous les autres sans exception furent baptisés et inhumés non pas à Cravant mais à Veigné.
Il est donc permis de penser que depuis la mort d’Hercules en 1658, les Delabarre habitèrent essentiellement le château de la Géritaude et que Sonnay fut alors moins fréquenté… à moins que, comme l’explique l’historien Denis Jeanson, il ne s’agisse d’un système faisant que le chef de famille habite la Guéritaulde et son fils, marié, Sonnay ; celui-ci revient ensuite à la Guéritaulde et laisse Sonnay à son fils ; et ainsi de suite…
Ce qui expliquerait la vente en 1770 par les 2 filles héritières de leur frère.

Car elles vendent…

et nous assistons ici à la 2ème vente depuis l’attribution par Charles VII à Guillaume Gouffier datant de 1449…